Observatoire pour la justice migrante

Les personnes migrantes ont-elles des droits? 

Le 6 mars dernier, la Cour suprême du Canada rendait son jugement dans l’affaire Kanyinda (2026 CSC 7), venant clore une saga juridique de près de sept ans dont l’objectif était de faire reconnaître que d’interdire l’accès des personnes en demande d’asile aux services de garde subventionnés représente une décision discriminatoire à l’égard des mères.

Lutter contre la fascisation du monde à partir des marges

Le fascisme n’est pas un événement qui nous tombe dessus du jour au lendemain, comme une catastrophe extérieure. Il relève plutôt d’un processus qui se construit par strates. Il s’installe dans les institutions et à travers la législation. Il s’infiltre dans le langage et dans ce qu’on banalise comme violences symboliques, matérielles et systémiques. Il s’éprouve dans la vie quotidienne de beaucoup avant d’être perceptible et nommé par la majorité.

La crise comme stratégie de classe 

Image: World Economic Forum / Ciaran McCrickard

Le 22 mars 2025, le premier ministre canadien Mark Carney a tweeté : « Levez les coudes, Canada ». La formule a rapidement été reprise comme un symbole de défiance envers le président américain Donald Trump et la coercition économique des États-Unis. Pourtant, l’appel au nationalisme canadien lancé par Carney relevait moins d’un véritable défi de la puissance américaine que d’une tentative de tirer parti de la crise provoquée par la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada, en positionnant le Parti libéral dirigé par Carney comme la seule force politique capable de défendre le « Canada » et les « valeurs canadiennes » en cette période d’instabilité.

PL9 : invisibiliser pour mieux exclure 

Dans notre récente analyse, nous avons mis en évidence comment le projet de loi 9 s’inscrit dans une continuité plus large d’une construction politique et médiatique du « problème musulman » au Québec. PL9 montre comment des politiques présentées comme « neutres » peuvent dans les faits servir à réguler et contrôler la participation des personnes musulmanes, en particulier des femmes portant le hijab, à certains espaces publics et professionnels. C’est donc dire que ce projet de loi contribue à invisibiliser ces femmes et à limiter leur accès à plusieurs espaces de la société.

Le mythe du “déclin du français” au Québec. Une construction politique qui prend pour cible les personnes im.migrantes

L’immigration, longtemps perçue par les élites politiques comme un levier démographique et économique, est progressivement devenue un enjeu identitaire au cœur du nationalisme québécois (Xhardez, 2025). L’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec (CAQ) en 2018 a renforcé cette rhétorique, en plaçant la défense du français au centre du projet national. Rhétorique, qui s’est illustrée jusqu’au discours de démission du premier ministre, François Legault, le 14 janvier 2026, où il a réaffirmé que la protection du français reste prioritaire face à l’immigration.

De la loi 21 au projet de loi 9: une laïcité détournée qui cible particulièrement les femmes musulmanes

Le 27 novembre dernier, le Ministre François Roberge a déposé le projet de loi 9 qui vise à resserrer la laïcité en élargissant l’interdiction des signes religieux pour le personnel du réseau des services de garde éducatifs à l’enfance, en fermant les lieux de prière dans les cégeps/universités, en réglementant l’offre alimentaire religieuse dans les institutions publiques et en imposant des contraintes strictes aux écoles privées religieuses pour le financement étatique. Ce nouveau projet s’inscrit dans la continuité des lois 21 et 94, qui ont progressivement redéfini la laïcité de l’État.

PL1: un coup de massue dans les fondations de l’État de droit 

Alors que nous sommes en pleine année pré-électorale au palier provincial et que les sondages prévoient une défaite cuisante au parti majoritaire qui compose le gouvernement actuel, la Coalition avenir Québec (CAQ) multiplie l’adoption de lois contestées sous bâillon et présente plusieurs projets de loi liberticides, dont le Projet de loi 1 pour l’adoption d’une constitution québécoise.

Québec sacrifie l’accueil et les droits des demandeurs.ses d’asile pour faire pression sur le fédéral

Le 9 octobre, Le Devoir révélait que le ministre de l’Immigration, de la francisation et de l’intégration du Québec, Jean-François Roberge, envisageait de restreindre l’accès à l’aide sociale et à plusieurs services publics pour les demandeurs d’asile. Selon le quotidien, un mémoire interne du Ministère de l’immigration de la francisation et de l’intégration (MIFI) détaille plusieurs mesures en ce sens, qui doivent être soumises prochainement au Conseil des ministres.

Derrière C-12, l’ombre persistante de C-2: Porter atteinte aux droits des personnes migrantes au nom de la sécurité aux frontières 

Le 3 juin 2025, le gouvernement fédéral dévoilait le projet de loi C-2, intitulé Strong Borders Act. Derrière ce titre, se cache en réalité un projet de loi omnibus¹ d’une portée considérable qui prévoit modifier une dizaine de lois touchant à des domaines aussi variés que l’immigration et l’asile, la criminalité, la sécurité publique, le terrorisme, les drogues, les douanes, les renseignements privés, les transactions financières, les communications et même la surveillance côtière. Cette approche a fait craindre, au sein de la société civile, un virage vers un État de surveillance.

Une obsession politique qui construit la crainte d’une submersion

À travers cet article, nous proposons une analyse critique des discours politiques qui ont servi à justifier, au cours de la dernière année, le resserrement en immigration ainsi que la baisse annoncée des seuils dans le cadre de la planification pluriannuelle 2025-2029 du gouvernement québécois.

Nous mobilisons des arguments démographiques et économiques pour répondre à cette rhétorique, sans adhérer à une vision utilitariste de l’immigration. À l’Observatoire, nous affirmons que les personnes migrantes et immigrantes ne se réduisent ni à leur contribution au marché du travail ni à leur poids statistique. Il s’agit de répondre sur le terrain du gouvernement afin d’en montrer les limites et les incohérences.