C’est quoi, une femme sans statut, dans le système d’immigration ?
Une femme sans statut, ce n’est pas une criminelle.
Ce n’est pas une hors-la-loi.
Ce n’est pas une personne qu’on devrait craindre ou punir.
Une femme sans statut, c’est d’abord une immigrante.
Une femme qui a traversé des frontières, des océans, des peurs, des pertes…
pour chercher la sécurité, l’espoir, ou simplement une chance de vivre.
Mais entre les mains du système d’immigration,
elle devient un “cas”,
un “dossier incomplet”,
un “refus”,
un “non conforme”.
Le problème n’est pas la femme.
Le problème est un système qui laisse tomber des vies humaines entre ses lignes.
On devient sans statut pour mille raisons :
une demande d’asile refusée malgré un vécu réel et douloureux ;
un visa expiré parce qu’une loi a changé trop vite ;
une rupture, un divorce, une violence conjugale qui fait perdre les papiers ;
un employeur qui promettait de faire les démarches… et qui trahit ;
une simple erreur administrative, un délai trop long, un document manquant ;
ou encore une guerre, une menace, une pauvreté qui poussent à fuir sans garantie d’accueil.
Aucune femme ne devient sans statut par choix.
C’est toujours une chute imposée, jamais une décision volontaire.
Être sans statut : c’est vivre dans un pays sans y avoir le droit
Pas le droit d’exister officiellement.
Pas le droit de se sentir en sécurité.
Pas le droit d’être malade.
Pas le droit d’étudier.
Pas le droit de se défendre.
Pas le droit de dire “je vis ici”, alors qu’elles y vivent depuis des années.
Le système d’immigration crée un paradoxe cruel :
Elles sont ici… mais elles n’ont pas le droit d’être ici.
Elles travaillent, mais n’ont pas le droit de travailler.
Elles cotisent, mais n’ont pas le droit de bénéficier.
Elles participent à l’économie, mais n’ont pas le droit d’être protégées.
Elles élèvent des enfants canadiens, mais n’ont pas le droit de rester auprès d’eux.
C’est ça, la réalité d’une femme sans statut du point de vue de l’immigration :
une existence réelle, mais niée.
La peur : l’émotion imposée par les politiques migratoires
La peur devient un mode de vie.
La peur devient un réflexe.
La peur devient une seconde peau.
peur qu’on frappe à la porte ;
peur d’un simple contrôle d’identité ;
peur d’être expulsée du jour au lendemain ;
peur de perdre son enfant, son logement, sa santé ;
peur de dénoncer un abus sexuel ou un vol de salaire ;
peur de traverser un aéroport, même pour un vol intérieur ;
peur de recevoir du courrier ;
peur de vieillir ici sans avenir.
Cette peur ne vient pas de la femme.
Elle est fabriquée par les lois migratoires.
Elle est programmée par un système qui fait de l’absence de papiers une condamnation silencieuse.
Dans l’immigration, la femme sans statut est la personne la plus vulnérable de tout le Canada
Une femme sans statut peut être :
exploitée,
menacée,
sous-payée,
violentée,
contrôlée,
harcelée,
et elle hésitera toujours avant de demander de l’aide.
Parce que dans ce système :
celui qui exploite a plus de droits qu’elle.
C’est l’injustice la plus profonde de l’immigration moderne.
Pourtant… les femmes sans statut portent ce pays sans que personne ne le voie
Elles nettoient les maisons.
Elles gardent les enfants.
Elles prennent soin des personnes âgées.
Elles cuisinent dans les restaurants.
Elles travaillent dans la construction, dans le social, dans l’ombre.
Elles effectuent les tâches les plus dures,
les plus nécessaires,
les plus invisibles.
Ce pays fonctionne grâce à elles.
Mais leur présence n’est écrite nulle part.
Elles sont indispensables… et pourtant invisibles.
Conclusion
Je vous laisse avec cette vérité que l’immigration a oubliée :
L’absence de papiers ne doit jamais signifier l’absence de droits.
Les femmes sans statut ne demandent pas un privilège.
Elles demandent quelque chose de plus fondamental :
Le droit d’exister sans peur.
Le droit d’être protégées.
Le droit d’être vues comme des êtres humains, pas comme des dossiers.
Parce qu’un pays qui profite du travail de ces femmes
a la responsabilité morale de les reconnaître.
Autrice:
Imene
Lecture de texte durant le lancement du livret éducatif « Brisons les mythes sur les personnes im.migrantes ! »
Crédit photo:
Mégane Dorsaz