Observatoire pour la justice migrante

Journées de mobilisation des savoirs organisées par l’Observatoire pour la justice migrante (OPLJM)

Il n’y a pas de justice climatique sans justice migrante!
Ou comment lutter contre la destruction du monde et sa fascisation à partir des marges

Les 28 et 29 mai 2026, l’Observatoire pour la justice migrante a organisé deux journées de mobilisation des savoirs sous le thème « Il n’y a pas de justice climatique sans justice migrante! »

Aujourd’hui les mêmes logiques extractives qui dérèglent le climat forcent des populations entières à se déplacer. Les mêmes États qui refusent d’agir sur les causes du dérèglement ferment leurs frontières à celles-eux qui en fuient les conséquences. Les mêmes hiérarchies qui déterminent quels territoires on peut sacrifier déterminent quelles vies on peut laisser mourir.

Ce que les peuples autochtones, les communautés du Sud global et les personnes migrantes vivent depuis des siècles, à savoir la dépossession des territoires, la criminalisation de la mobilité, la déshumanisation au nom du profit, est en train de devenir l’horizon de tout le monde. La fascisation du monde ne surgit pas de nulle part, elle est le prolongement logique d’une civilisation qui a toujours traité certains corps et certains territoires comme sacrifiables. Comprendre ce moment exige donc de centrer les analyses et les résistances de celles-eux qui l’ont traversé en premier.

Pourtant, les mouvements qui travaillent ces questions le font trop souvent en parallèle, les un-es mobilisé-es sur les droits des personnes migrantes, les autres sur ce qu’on appelle communément la “crise climatique et environnementale”, sans toujours nommer ce qui les relie : une même architecture d’extraction, de dépossession et de fermeture, au service des mêmes intérêts.

Ces deux journées ont donc été une invitation à rompre avec les silos. Nous avons réuni des militant·es, des chercheur·es, des artistes, des acteurs-ices de la société civile du Québec, du Canada et du Sud global, pour construire ensemble un cadre d’analyse commun, identifier des convergences concrètes dans nos luttes, et poser les jalons d’actions collectives.

La soirée du 28 mai  

Lors du panel inaugural, nous avons eu le plaisir d’accueillir Harsha Walia (militante et écrivaine Punjabi Sikh), Mostafa Henaway (auteur, organisateur communautaire et candidat au doctorat en Géographie sociale à l’Université Concordia) et Garine Papazian-Zohrabian (Co-directrice du Centre de recherche interdisciplinaire sur la justice intersectionnelle, la décolonisation et l’équité, et directrice scientifique de l’Équipe de recherche interdisciplinaire sur les familles réfugiées et demandeuses d’asile). La conversation a été animée par Ryoa Chung, présidente de l’Association canadienne de philosophie (2024-2025), co-Directrice du Centre de Recherche en Éthique/Center for Research in Ethics (CRE) 

Les échanges ont permis une compréhension des systèmes qui produisent à la fois le dérèglement climatique et la criminalisation de la mobilité, en centrant les analyses et les expériences de celles-eux qui vivent ces réalités.

La journée du 29 mai 

Lors de la deuxième journée, nous avons continué à approfondir l’analyse et à rendre plus évidents les liens qui existent entre les dynamiques extractives, la détérioration des territoires et du vivant et les déplacements forcés de plusieurs populations du Sud Global. 

Panel #1
État des lieux des migrations forcées et impacts sur les droits humains 

Ce premier panel a réuni Dr Gamze Ovacik (chercheuse post-doctorale et juriste spécialisée à l’intersection du droit international des droits humains et du droit des réfugiés), Ndeye Dieynaba Ndiaye (Professeure de Droit à l’UQAM et Directrice de l’Observatoire sur les migrations internationales), Karine Millaire (professeure adjointe experte en droit constitutionnel, droits et libertés de la personne et droit autochtone). Les échanges ont été animés par Mireille Paquet (Détentrice de la Chaire de recherche sur la politique de l’immigration de l’Université Concordia et directrice de l’Institut de recherche sur l’immigration et la société à Concordia).

Ensemble, elles ont offert des perspectives complémentaires et croisées sur les migrations forcées à l’ère des changements climatiques, ainsi que sur les impacts de ces dynamiques sur les droits humains  dans un contexte de fermeture des frontières et de criminalisation croissante des mobilités.

Panel #2
Dynamiques Nord – Sud et implication des pays du G7 dans la dégradation des milieux de vie de plusieurs territoires du Sud Global 

Pour ce panel, nous avons accueilli Leila Iliana Celis (Professeure de sociologie), Marie Dominik Langlois (post-doctorante sociologue et anthropologue), Rosalinda Hidalgo (anthropologue, militante et organisatrice communautaire au CDAHL) et Maude Prud’homme (militante écologiste et féministe, active dans différents réseaux dont le RQGE et le FCTÉ)
Meritxell Abellan Almenara (Chercheuse associée à l’OPLJM et doctorante) a généreusement animé les discussions.

Ce panel a exploré les liens entre les politiques économiques canadiennes à l’étranger, les déplacements forcés en Amérique latine et en Amérique centrale, et les programmes migratoires temporaires au Canada. Les échanges ont mis en lumière le rôle souvent invisibilisé du Canada dans les dynamiques d’extractivisme qui contribuent à l’appauvrissement et à la déstabilisation de certains territoires, tout en remettant en question le récit d’un Canada uniquement « accueillant » ou « charitable ».

Panel #3
Résistances à la frontiérisation et à la nécropolitique – Quelles solutions pour notre avenir collectif? 

Enfin, pour le panel de clôture nous avons accueilli Pauline Lomami, Kama La Mackerel (artistes pluridisciplinaires) Christian Djoko Kamgain (chercheur et professeur de philosophie), Duha El Mardi (militante et organisatrice communautaire) et Amy Darwish (coordonnatrice du comité logement de Parc-Ex – CAPE). Amel Zaazaa – Directrice de l’OPLJM et coordonnatrice de l’axe de recherche Justice climatique x justice migrante a animé les échanges.

Ce dernier panel a se voulait un atterrissage de l’ensemble des conversations qui ont eu lieu tout au long de l’évènement. L’objectif était de faire résonner les témoignages et connaissances partagées depuis les corps, les pratiques et les territoires de celles-eux qui résistent depuis longtemps et visait à permettre au public de repartir avec des horizons concrets et des formes de résistance à rejoindre et à amplifier. 

La journée s’est clôturée par une cérémonie d’ancrage offerte par l’artiste Kama La Mackerel ainsi que par un atelier d’écriture collective de Kasala — une forme poétique orale originaire d’Afrique centrale — coanimé par Jeanne-Marie Rugira et Kama La Mackerel.

Les enregistrements

Journée du 28 mai 2026

Journée du 29 mai 2026